Tiébaghi, l'émouvante histoire d'un village minier.
Le mystère de la découverte du gisement de chrome de Tiébaghi n'a jamais été élucidé. Certains disent qu'il se trouvait près d'un marais habité par des canards sauvages et qu'il avait été découvert par un chasseur. D'autres affirment qu'un libéré, qui gardait ses chèvres sur les contreforts, avait trouvé d'intrigantes pierres lourdes et grises et que son entourage, comprenant l'importance de sa découverte, aurait acheté son silence en échange de douze litres de vin. D'autres attribuent à un prospecteur de cobalt la paternité de la découverte du gisement. La seule chose que l'on sache avec certitude c'est que le chrome de Thiébaghi a été mis au jour entre 1875 et 1877.
Un contexte géoolitique favorable
Jusqu'en 1901, le massif de Tiébaghi ne fait l'objet d'aucune exploitation. A cette époque le chrome est assez peu utilisé et l'industrie mondiale n'a pas besoin du chrome calédonien, les mines européennes suffisent largement. La situation bascule au déut du XXè siècle. Le chrome devient une matière première entrant dans la composition des aciers spéciaux. L'industrie du crome démarre en 1907/1908, celle de la stellite (cobalt + chrome) en 1914. L'approche de la première Guerre mondiale et la constitution de stocks acc'lèrent l'entrée en activité de la mine de Yiébaghi.
L'exploitation du gisement
L'exploitation du gisement de chrome de Tiébaghi s'est faite en plusieurs étapes :
. 1902 - 1908, exploitation à ciel ouvert (open pit)
A cette époque on dégage les blocs de minerai à la pioche, on les évacue à dos d'homme jusqu'à un "va et vient" aérien qui descend les sacs au pied du massif dans la plaine de la Néhoué. Des voitures à boeufs assurent ensuite le convoyage jusqu'au quai Chalas, où le chrome est chagé sur des voiliers en partance pour l'Angleterre. En 1905, la production atteint 300 tonnes/annuel et la Thiébaghi devient la principale productrice mondiale de chromite.
. 1914 - 1929, la Tiébaghi tourne à son maximum
Le gisement se trouve alors au fond d'un immense cratère qui occupe désormais le sommet du dôme. En 1914, sont creusées, à différents niveaux, des galeries souterraines horizontales afin de permettre aux ouvriers de traverser la paroi entre le cratère et le flanc de la montagne et de faciliter ainsi l'évacuation du minerai. L'entonnoir d'excavation prend des proportions gigantesques, il atteint 100 mètres de profondeur. La Thiébaghi tourne à son maximum. Elle assure 40 000 des 48 000 tonnes poduites par l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie. L'exploitation est désormais exclusivement souterraine.
. 1960 - 1964, l'effondrement
La dépression de 1929 et la Seconde guerre mondiale provoquent l'effondrement de la production. Il est en effet difficile d'acheminer le minerai en Europe ou aux Etats-Unis. Lorsque éclate, en 1950, la guerre de Corée, les Etats-Unis se constituent des stocks de chrome, l'activité repart à Tiébaghi, qui emploie alors 700 personnes. On fait alors venir des ouvriers de l'extérieur pour remédier à la sous-population du Nord, qui ne peut satisfaire la demande de main-d'oeuvre. Mais le marché mondial est instable, les installations ont vieilli, les coûts de production ont augmenté. Le chrome calédonien n'est plus compétitif et la fermeture de la mine semble inéluctable. C'eest chose faite le 20 mai 1964. Les 18 dernières personnes sont licnciées le 20 août. Tiébaghi ferme une page de son histoire.
Chromical, un dernier sursaut
A cette époque, la société de Thiébaghi appartient à la compagnie américaine Union Carbide. Elle détient encore des titres miniers sur le dôme, que l'on pense riche en nickel. Le canadien Inco rachète la mine en 1967 et multiplie les études pour reprendre l'exploitation. En 1980 Inco, associé à Coframines (BRGM), décide de rouvrir le site. Son exploitation ne durera que neuf ans, le temps que les réserves s'épuisent.
D'importants investissements
En 1995, la SLN achète une concession pour y extraire du nickel. Aujourd'hui le massif de Thiébaghi a repris vie. D'importants investissements ont été réalisés pour augmenter les capacités d'extracation de la Thiébaghi et permettre à l'usine de Doniambo de porter à 75 000 tonnes sa production de nickel.
Le vieux village de Thiébaghi
En 1940 le petit village de Thiébaghi, isolé du reste de la grande Terre, ne comprend guère que les infrastructures nécessaires à l'exploitation de la mine. Les ouvriers et leurs familles vivent à proximité du cratère. On accède au village à pied ou à cheval, le matériel est acheminé en pièces détachées à dos de mulets et d'hommes. Sur place aucun confort, pas de distraction, à peine une dizaine de maisons pour loger les ingénieurs. Il faudra patienter jusqu'en 1943 pour qu'une route soit ouverte jusqu'à Paagoumène. Sous l'impulsion de Raoul Bergman, le premier Américain à diriger l'exploitation, le site se modernise alors. La vis sociale s'anime, le village s'équipe. Outre les bâtiments directement liés à la mine (ateliers de réparation, dock pour le matériel), on construit une école, une infirmerie, une boulangerie et même une chapelle.
C'est à tout ce patrimoine que l'Association de Sauvegarde du Patrimoine Minier et Historique du Nord Calédonien (ASPMHNC) a décidé de redonner vie. Le site a été classé en 2001 et d'importants travaux de rénovation ont été entrepris. L'ancien dispensaire est devenu musée. La chapelle a été construite par les Tonkinois (que l'on appelait pas encore vietnamiens) dans le style propre à cette ethnie, mais elle était la chapelle de tout le monde, notament des wallisiens. La centrale électrique et la boulangerie ont également été restaurés et d'autres réhabilitations sont en cours. Il est désormais possible de visiter l'ancien village et certaines installations techniques de la mine grâce à l. Une journée spéciale est organisée le 24 mai 2008, prendre contact au 42 78 42, 42 49 13 ou 47 68 99